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Augmentation de capital en numéraire : guide complet

Mécanisme, prime d'émission, dilution, DPS, procédure pas à pas, coûts et fiscalité. Le guide complet pour réussir une augmentation de capital en numéraire.

Augmentation de capital en numéraire : guide complet

Qu'est-ce qu'une augmentation de capital en numéraire ?

L'augmentation de capital en numéraire consiste à émettre de nouvelles parts sociales ou actions en échange d'apports en argent (par opposition aux apports en nature ou à l'incorporation de réserves). Elle se traduit par :

Injection d'argent frais

De l'argent réel entre dans la trésorerie de la société.

Hausse des fonds propres

Le capital social et les réserves (prime d'émission) augmentent au bilan.

Modification de l'actionnariat

De nouvelles parts/actions sont créées, ce qui modifie la répartition du capital.

Condition préalable

Le capital social initial doit être entièrement libéré avant de procéder à une augmentation de capital en numéraire. Si des associés n'ont pas encore versé la totalité de leurs apports, il faut d'abord régulariser cette situation.

Pourquoi augmenter le capital ?

Les motivations sont variées et souvent combinées :

Financer la croissance

Embauches, nouveau local, développement commercial, lancement d'un produit. L'augmentation de capital apporte du cash sans endettement.

Renforcer les fonds propres

Améliorer les ratios financiers pour rassurer les banques, les fournisseurs et les partenaires. Indispensable si les capitaux propres sont négatifs.

Faire entrer un nouvel associé / investisseur

Business angel, fonds d'investissement, associé opérationnel : l'augmentation de capital est le véhicule naturel pour accueillir un nouvel actionnaire.

Absorber des pertes antérieures

Si les capitaux propres sont inférieurs à la moitié du capital social, l'AG doit statuer. L'augmentation de capital permet de reconstituer les fonds propres.

Faciliter un emprunt bancaire

Les banques appliquent un ratio fonds propres/endettement. Plus de capital = plus de capacité d'emprunt professionnel.

Le mécanisme : valeur nominale et prime d'émission

C'est le concept le plus important à comprendre. Le prix de souscription des nouvelles actions se décompose en deux parties :

Valeur nominale

C'est la valeur « faciale » de chaque action, fixée dans les statuts (ex : 10 €). Seul ce montant vient augmenter le **capital social** au bilan. *Exemple : 100 nouvelles actions × 10 € nominal = +1 000 € au capital.*

Prime d'émission

C'est la différence entre le prix de souscription et la valeur nominale. Elle compense la valeur réelle de la société (réserves, plus-values latentes). Elle est inscrite en **réserves** (pas au capital). *Exemple : Prix de souscription 50 € − nominal 10 € = prime de 40 €/action.*

Prix de souscription = Valeur nominale + Prime d'émission

C'est ce que l'investisseur paie réellement pour chaque action

Exemple complet

Société TECH SAS — Capital : 10 000 € (1 000 actions × 10 €)
Valorisation actuelle : 200 000 € → Valeur réelle d'une action : 200 €

Un investisseur veut entrer à hauteur de 25 % :
- Il souscrit 333 nouvelles actions
- Prix de souscription : 200 €/action (10 € nominal + 190 € prime)
- Montant total investi : 66 600 €
- Dont capital : 3 330 € | Dont prime : 63 270 €
Pourquoi la prime est essentielle : sans prime d'émission, un investisseur qui achète des actions au nominal (10 €) récupère une part de la valeur construite par les fondateurs. La prime protège les associés existants de cette dilution de valeur.

Comprendre la dilution

La dilution est la réduction mécanique du pourcentage de détention des associés existants lorsque de nouvelles parts sont créées. Elle est inévitable, mais peut être compensée par la prime d'émission.

AssociéAvant augmentationAprès augmentationDilution
Fondateur A60 %45 %−15 pts
Fondateur B40 %30 %−10 pts
Investisseur C0 %25 %Nouvel entrant
Dilution en % ≠ Dilution en valeur

Fondateur A passe de 60 % à 45 %, mais la société vaut désormais 266 600 € (200 000 + 66 600 investis). Ses 45 % valent 119 970 € contre 120 000 € avant. La dilution en valeur est quasi nulle grâce à la prime d'émission !
Dilution en pouvoir

Même si la valeur est préservée, le pouvoir de décision est dilué. Fondateur A perd la majorité absolue (60 % → 45 %). Il faut prévoir des pactes d'associés et des droits de vote renforcés si nécessaire.

Le droit préférentiel de souscription (DPS)

Le DPS est un droit légal qui protège les associés existants. Chaque associé peut souscrire en priorité aux nouvelles actions, proportionnellement à sa participation actuelle, avant que des tiers ne puissent y accéder.

Exercice du DPS

  • L'associé souscrit aux nouvelles actions → maintient son %
  • Délai minimum de 5 jours pour se prononcer
  • Possible de ne souscrire qu'une partie
  • Le DPS peut être cédé à un tiers (SAS) ou non (SARL)

Suppression du DPS

  • Nécessaire pour faire entrer un investisseur extérieur
  • Vote en AGE (majorité qualifiée selon les statuts)
  • Le commissaire aux comptes doit rédiger un rapport spécial
  • La prime d'émission compense la dilution des existants
En SARL : il n'existe pas de DPS légal, mais les statuts peuvent en prévoir un. En SAS, le DPS existe de plein droit (art. L.228-91 C.com) sauf suppression votée en AGE. Vérifiez toujours vos statuts et votre pacte d'associés.

Procédure pas à pas

  1. 1

    Vérifier la libération intégrale du capital initial

    Condition préalable obligatoire. Si le capital n'est pas entièrement libéré, il faut d'abord appeler les fonds non libérés.

  2. 2

    Fixer les modalités de l'opération

    Nombre d'actions nouvelles, prix de souscription (nominal + prime), maintien ou suppression du DPS, date de jouissance des nouvelles actions.

  3. 3

    Rapport du commissaire aux comptes (si applicable)

    En SAS avec suppression du DPS, le CAC rédige un rapport sur les conditions de l'opération et le prix d'émission. En SARL, pas de CAC si seuil non atteint.

  4. 4

    Convoquer l'AGE et voter

    Les associés votent l'augmentation de capital en AGE. Majorité requise : 2/3 en SARL, selon les statuts en SAS. Le PV détaille toutes les modalités.

  5. 5

    Période de souscription et versement des fonds

    Les souscripteurs versent les fonds sur un compte bloqué. Le certificat du dépositaire (banque) est établi. Les fonds sont libérés après immatriculation.

  6. 6

    Mettre à jour les statuts

    Modification de l'article relatif au capital social : nouveau montant, nouveau nombre de parts/actions, répartition actualisée.

  7. 7

    Formalités de publicité et greffe

    Publication d'une annonce légale, dépôt au greffe (formulaire M2, PV d'AGE, statuts mis à jour, certificat du dépositaire), obtention du nouveau Kbis.

Combien ça coûte ?

Le coût total dépend de la complexité de l'opération et des honoraires professionnels :

Budget total estimé

- Augmentation simple (associés existants) : 800 - 1 500 €
- Avec entrée d'un investisseur + suppression DPS : 2 000 - 4 000 €
- Avec intervention du CAC : +2 000 - 5 000 € d'honoraires supplémentaires

Ces frais sont déductibles du résultat fiscal de la société.

Fiscalité de l'opération

L'augmentation de capital en numéraire bénéficie d'un régime fiscal globalement favorable :

Point fiscalRégime applicable
Droits d'enregistrementDroit fixe de 375 € (capital < 225 000 €) ou 500 € (capital ≥ 225 000 €). Pas de droit proportionnel.
TVAOpération hors champ de la TVA. Pas de TVA sur la souscription d'actions.
ISL'augmentation de capital n'est pas un produit imposable. La prime d'émission n'est pas imposable à l'IS.
Prime d'émissionInscrite en réserves. Distribuable comme des dividendes (après vote en AG). Non soumise à l'IS tant qu'elle reste en réserve.
Réduction d'IR (souscripteur)Réduction d'IR de 25 % pour souscription au capital de PME (plafond 50 000 € / 100 000 € couple). Conditions de conservation : 5 ans.
Taux réduit d'IS à 15 %Maintenu si le capital est entièrement libéré et détenu à ≥ 75 % par des personnes physiques.
Avantage Madelin / IR-PME : un investisseur personne physique qui souscrit au capital d'une PME éligible peut bénéficier d'une réduction d'IR de 25 % du montant investi (dans la limite de 50 000 € pour un célibataire). C'est un argument de poids pour convaincre un business angel !

Les erreurs à éviter

Émettre au nominal sans prime

Sans prime d'émission, les nouveaux associés récupèrent une part de la valeur construite par les fondateurs. C'est un cadeau fiscal dangereux.

Oublier de libérer le capital initial

L'augmentation est juridiquement nulle si le capital existant n'est pas intégralement libéré. Le greffe refusera le dossier.

Sous-évaluer la société

Une valorisation trop basse signifie que l'investisseur obtient trop de parts pour son argent. Faites réaliser une évaluation sérieuse.

Ne pas prévoir de pacte d'associés

L'entrée d'un nouvel associé sans pacte est une bombe à retardement. Gouvernance, sortie, non-concurrence : tout doit être formalisé.

Ignorer l'impact sur le taux réduit d'IS

Si un fonds d'investissement (personne morale) entre au capital et détient > 25 %, le taux réduit d'IS à 15 % peut être perdu.

Ne pas anticiper les besoins futurs

Si vous prévoyez une 2e levée dans 18 mois, structurez l'opération en conséquence (BSA, BSPCE, clause anti-dilution).

L'accompagnement Y2G

Chez Y2G Expertise, nous accompagnons nos clients dans toutes les étapes de leur augmentation de capital :

  • Évaluation de la société et calcul de la prime d'émission
  • Rédaction du PV d'AGE et des résolutions
  • Mise à jour des statuts
  • Coordination avec le CAC si nécessaire
  • Dépôt du dossier complet au greffe
  • Conseil sur la structuration (pacte, BSA, BSPCE)

Prêt à structurer votre augmentation de capital ?