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Escroquerie : définition, sanctions et défense

Guide complet sur le délit d'escroquerie : définition juridique (art. 313-1 Code pénal), éléments constitutifs, sanctions (5 ans, 375 000 €), circonstances aggravantes, escroquerie en entreprise et moyens de défense.

Escroquerie : définition, sanctions et défense

Définition et cadre juridique

L'escroquerie est définie par l'article 313-1 du Code pénal comme « le fait, soit par l'usage d'un faux nom ou d'une fausse qualité, soit par l'abus d'une qualité vraie, soit par l'emploi de manœuvres frauduleuses, de tromper une personne physique ou morale et de la déterminer ainsi, à son préjudice ou au préjudice d'un tiers, à remettre des fonds, des valeurs ou un bien quelconque, à fournir un service ou à consentir un acte opérant obligation ou décharge ».

L'escroquerie se distingue du simple mensonge ou de la tromperie commerciale : elle suppose une mise en scène destinée à convaincre la victime de remettre quelque chose de valeur. C'est la « reine des infractions contre les biens » car elle repose sur la ruse plutôt que sur la violence.

📜 Texte fondateur : Article 313-1 du Code pénal

« L'escroquerie est punie de cinq ans d'emprisonnement et de 375 000 euros d'amende. »
Distinction clé : L'escroquerie est un délit contre les biens, pas contre les personnes. Elle suppose toujours une remise volontaire par la victime, obtenue par la tromperie. Si la remise est involontaire (subtilisation), il s'agit d'un vol. Si elle est obtenue par violence, c'est une extorsion.

Les éléments constitutifs

Pour que le délit d'escroquerie soit caractérisé, cinq éléments doivent être réunis de manière cumulative :

  1. 1

    Un moyen frauduleux

    L'auteur doit avoir utilisé un faux nom, une fausse qualité, l'abus d'une qualité vraie ou des manœuvres frauduleuses. Le simple mensonge verbal, même répété, ne suffit pas à lui seul (sauf s'il est accompagné d'éléments extérieurs qui lui donnent force et crédit).

  2. 2

    La tromperie de la victime

    Le moyen frauduleux doit avoir effectivement trompé la victime. Il faut un lien de causalité direct entre le procédé utilisé et l'erreur dans laquelle la victime a été induite.

  3. 3

    La détermination à une remise

    La victime doit avoir été déterminée, par la tromperie, à remettre des fonds, des valeurs, un bien, à fournir un service ou à consentir un acte juridique (obligation ou décharge). La remise doit être consécutive à la tromperie.

  4. 4

    Un préjudice

    La remise doit avoir été faite au préjudice de la victime ou d'un tiers. Le préjudice peut être matériel (perte financière) ou moral. Il peut aussi concerner un tiers (ex : une banque trompée par de faux documents fournis par l'emprunteur).

  5. 5

    L'intention frauduleuse

    L'auteur doit avoir agi intentionnellement, avec la conscience de tromper la victime pour obtenir la remise. Le dol général (conscience de l'acte) et le dol spécial (volonté d'obtenir la remise) sont exigés.

L'escroquerie est une infraction de résultat : elle n'est consommée que si la victime a effectivement remis la chose. Si la tromperie échoue (la victime ne se laisse pas convaincre), il ne peut y avoir qu'une tentative d'escroquerie, elle-même punissable (art. 313-3 C. pén.).

Les moyens frauduleux

L'article 313-1 du Code pénal énumère quatre moyens par lesquels l'escroquerie peut être commise. Chacun suffit à lui seul :

  1. 1

    🎭 L'usage d'un faux nom

    L'escroc se présente sous une identité qui n'est pas la sienne pour inspirer confiance. Il peut s'agir d'un nom de famille, d'un pseudonyme ou d'une raison sociale fictive. Exemple : Un individu se présente comme « Maître Dupont, avocat au barreau de Paris » pour encaisser des honoraires alors qu'il n'est pas avocat.

  2. 2

    👔 L'usage d'une fausse qualité

    L'escroc s'attribue un titre, une fonction ou un statut qu'il ne possède pas (médecin, expert-comptable, notaire, fonctionnaire, héritier, propriétaire…). Exemple : Un individu se prétend mandataire d'une compagnie d'assurance pour collecter des primes auprès de particuliers.

  3. 3

    ⚖️ L'abus d'une qualité vraie

    L'escroc exploite un statut réel pour obtenir une remise indue. Il détourne la confiance légitime attachée à sa fonction ou son titre. Exemple : Un avocat qui utilise sa qualité réelle pour inciter un client à lui remettre des fonds qu'il détourne à des fins personnelles. Un dirigeant qui abuse de son mandat social.

  4. 4

    🕸️ Les manœuvres frauduleuses

    C'est le moyen le plus large et le plus fréquent. Il suppose une mise en scène, un stratagème, l'intervention d'un tiers complice ou la production de documents mensongers. Le simple mensonge oral ne suffit pas : il faut un « élément extérieur » qui lui donne force et crédit. Exemple : Création d'une fausse société avec site web, brochures commerciales et faux témoignages clients pour attirer des investisseurs. Envoi de fausses factures avec entêtes contrefaits. Arnaque au président (FOVI).

Le simple mensonge ne suffit pas : La jurisprudence est constante : un mensonge verbal, même audacieux, ne constitue pas une escroquerie s'il n'est pas accompagné de manœuvres extérieures (faux documents, mise en scène, intervention d'un tiers complice). C'est la « mise en scène » qui fait la différence entre le mensonge et l'escroquerie.

L'escroquerie en entreprise

Le monde de l'entreprise est un terrain fertile pour l'escroquerie. Voici les formes les plus fréquentes qui touchent les dirigeants, soit comme auteurs, soit comme victimes :

Arnaque au président (FOVI)

Un escroc se fait passer pour le dirigeant de l'entreprise (ou un avocat, un commissaire aux comptes) et ordonne un virement urgent et confidentiel à un collaborateur. Pertes souvent colossales (plusieurs millions d'euros dans les cas les plus graves).

Escroquerie au faux fournisseur

L'escroc se fait passer pour un fournisseur habituel et communique de nouvelles coordonnées bancaires. Les paiements sont détournés vers un compte frauduleux.

Escroquerie à l'investissement

Le dirigeant présente de faux bilans, de fausses projections financières ou un business plan mensonger pour obtenir des fonds auprès d'investisseurs ou de banques.

Escroquerie à la TVA (carrousel)

Montage frauduleux impliquant des sociétés éphémères créées pour encaisser la TVA sur des ventes intracommunautaires fictives sans la reverser au Trésor public. Sanctions très lourdes.

Escroquerie aux aides publiques

Obtenir des subventions, crédits d'impôt (CIR, CII) ou aides à l'emploi sur la base de déclarations mensongères ou de dossiers falsifiés.

Escroquerie à l'assurance

Déclarer un sinistre fictif ou surévaluer un dommage réel pour obtenir une indemnisation indue de sa compagnie d'assurance.

Arnaque au président — Chiffres clés : Selon l'OCRGDF, l'arnaque au président a coûté plus de 700 millions d'euros aux entreprises françaises depuis 2010. Les PME et ETI sont particulièrement visées. La prévention passe par des procédures de double validation pour tout virement exceptionnel.

Les sanctions encourues

L'escroquerie est un délit correctionnel sévèrement puni par le Code pénal :

5 ans

d'emprisonnement

Peine principale (art. 313-1)

375 000 €

d'amende

Peine principale (art. 313-1)

Peines complémentaires (art. 313-7) :

  • Interdiction des droits civiques, civils et de famille (jusqu'à 5 ans)
  • Interdiction d'exercer une fonction publique ou l'activité professionnelle liée à l'infraction
  • Interdiction de gérer, diriger ou contrôler une entreprise (jusqu'à 15 ans)
  • Exclusion des marchés publics (définitive ou temporaire)
  • Confiscation des biens meubles et immeubles ayant servi à l'infraction ou qui en sont le produit
  • Affichage et publication du jugement de condamnation
  • Interdiction de séjour (jusqu'à 5 ans)
  • Interdiction du territoire français (pour les étrangers, définitive ou jusqu'à 10 ans)
Personne morale : La société elle-même peut être poursuivie pour escroquerie (art. 313-9). L'amende est alors quintuplée (1 875 000 €). Des peines de dissolution, d'interdiction d'activité ou de placement sous surveillance judiciaire peuvent être prononcées.

Circonstances aggravantes

Les peines sont alourdies en présence de circonstances aggravantes prévues aux articles 313-2 et 313-2-1 du Code pénal :

Circonstance aggravanteEmprisonnementAmende
Escroquerie commise en bande organisée10 ans1 000 000 €
Au préjudice d'une personne vulnérable (âge, maladie, handicap…)7 ans750 000 €
Par une personne dépositaire de l'autorité publique ou chargée d'une mission de service public7 ans750 000 €
Par une personne qui prend indûment la qualité d'un tel dépositaire7 ans750 000 €
Par appel au public (publicité, internet, démarchage de masse)7 ans750 000 €
Cumul de deux circonstances ci-dessus10 ans1 000 000 €
Bande organisée : L'escroquerie en bande organisée est l'une des formes les plus sévèrement réprimées. Elle permet le recours à des techniques d'enquête exceptionnelles : infiltrations, écoutes téléphoniques, gardes à vue prolongées (96 heures). Les peines peuvent atteindre 10 ans d'emprisonnement et 1 million d'euros d'amende.

Prescription et délais

Le régime de prescription de l'escroquerie présente des particularités importantes :

Délai de prescription

**6 ans** à compter de la remise (loi du 27 février 2017). Ancien délai : 3 ans (avant 2017). **Infraction instantanée :** consommée au moment de la remise des fonds. Interruption par tout acte d'enquête ou de poursuite.

Report du point de départ

**Infraction dissimulée :** report à la date de découverte des faits. **Remises successives :** chaque remise fait courir un nouveau délai. **Escroquerie continue :** prescription court à compter de la dernière remise. Plafond absolu : **12 ans** après les faits (même si non découverts).

En cas de remises échelonnées (abonnement frauduleux, prélèvements successifs), la prescription court à compter de la dernière remise. Cela peut considérablement prolonger le délai de poursuite pour les escroqueries qui s'inscrivent dans la durée.

Le déroulement de la procédure

  1. 1

    Plainte de la victime

    La victime dépose plainte auprès du commissariat, de la gendarmerie ou directement auprès du procureur de la République. Elle peut aussi déposer une plainte avec constitution de partie civile auprès du doyen des juges d'instruction.

  2. 2

    Enquête préliminaire

    Le parquet ouvre une enquête confiée à la police judiciaire ou à la brigade financière. Auditions des témoins et suspects, perquisitions, saisies de documents, traçage des flux financiers, analyse des comptes bancaires.

  3. 3

    Expertises techniques

    Selon la complexité du dossier : expertise comptable (faux bilans), expertise informatique (arnaque en ligne), expertise graphologique (faux documents), analyse des flux financiers internationaux.

  4. 4

    Information judiciaire (si nécessaire)

    Pour les dossiers complexes, un juge d'instruction est saisi. Il dispose de pouvoirs étendus : mandats de recherche, commissions rogatoires internationales, contrôle judiciaire, détention provisoire.

  5. 5

    Renvoi devant le tribunal correctionnel

    Si les charges sont suffisantes, l'affaire est renvoyée devant le tribunal correctionnel. L'audience est publique. Les victimes peuvent se constituer partie civile et demander des dommages et intérêts.

  6. 6

    Jugement et voies de recours

    Le tribunal prononce la peine et statue sur les intérêts civils. Appel possible dans les 10 jours. La restitution des fonds escroqués peut être ordonnée, mais sa réalité dépend de la solvabilité du condamné.

PHAROS et plainte en ligne : Pour les escroqueries sur internet, la plateforme THESEE (Traitement harmonisé des enquêtes et signalements pour les e-escroqueries) permet de déposer plainte en ligne directement. Le signalement peut aussi se faire via la plateforme PHAROS pour les contenus frauduleux.

Moyens de défense

Face à une accusation d'escroquerie, plusieurs axes de défense sont possibles :

Absence d'intention frauduleuse

Démontrer que l'auteur croyait sincèrement à la véracité de ses affirmations. Erreur de bonne foi, promesse non tenue mais honnête au départ, projet qui a échoué.

Absence de manœuvre frauduleuse

Prouver que les faits ne dépassent pas le simple mensonge verbal (non constitutif d'escroquerie) et qu'il n'y a eu aucune mise en scène ni production de faux documents.

Absence de lien de causalité

Établir que la victime n'a pas été déterminée par le moyen frauduleux à remettre les fonds. Elle avait déjà décidé de contracter ou connaissait les risques.

Prescription acquise

Invoquer l'expiration du délai de 6 ans depuis la remise ou depuis la découverte des faits (avec le plafond de 12 ans).

Absence de préjudice

Démontrer l'absence de tout préjudice : la victime a reçu une contrepartie réelle, les fonds ont été restitués, le service a été effectivement rendu.

Requalification

Demander la requalification des faits en une infraction moins grave : abus de confiance (si remise préalable volontaire), tromperie commerciale (contravention), ou obtention indue de prestations sociales.

En cas de mise en cause, faites-vous assister immédiatement par un avocat pénaliste spécialisé. L'escroquerie est une infraction aux contours subtils : la frontière entre le mensonge commercial (non punissable) et l'escroquerie (5 ans) est parfois ténue. Chaque mot en audition compte.

Nos conseils de prévention

Sécurisez vos processus de paiement : Mettez en place une double validation pour tout virement supérieur à un seuil défini. Exigez un contre-appel systématique au numéro habituel du fournisseur ou du dirigeant avant tout virement exceptionnel.
Méfiez-vous de l'urgence et de la confidentialité : L'arnaque au président repose sur deux leviers psychologiques : l'urgence (« il faut virer maintenant ») et la confidentialité (« n'en parlez à personne »). Tout demande combinant ces deux éléments doit déclencher un signal d'alerte.
Vérifiez l'identité de vos interlocuteurs : Avant toute transaction importante, vérifiez l'existence et l'identité de votre interlocuteur : extrait Kbis, site officiel, numéro de téléphone vérifié, rendez-vous physique. Ne vous fiez jamais à un seul canal de communication.
Formez vos équipes : Sensibilisez régulièrement vos collaborateurs (comptabilité, direction financière, secrétariat) aux techniques d'escroquerie courantes. Les exercices de simulation (« phishing test ») sont particulièrement efficaces.
Réagissez immédiatement en cas de fraude : Contactez votre banque dans les 24 heures pour tenter un rappel de fonds (procédure « recall »). Déposez plainte immédiatement. Plus la réaction est rapide, plus les chances de récupérer les fonds sont élevées.

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