Rupture conventionnelle : procédure et calcul des indemnités
Procédure complète, calcul de l'indemnité légale, fiscalité, droit au chômage : tout savoir sur la rupture conventionnelle en 2025.

Qu'est-ce qu'une rupture conventionnelle ?
La rupture conventionnelle (RC) est un mode de rupture amiable du contrat de travail à durée indéterminée (CDI), introduit par la loi du 25 juin 2008. Elle permet à l'employeur et au salarié de mettre fin au contrat d'un commun accord, dans un cadre légal sécurisé.
En 2024, plus de 500 000 ruptures conventionnelles ont été homologuées en France, ce qui en fait le mode de rupture le plus courant après la démission. Son succès s'explique par ses avantages pour les deux parties :
👔 Pour l'employeur
Évite un contentieux prud'homal • Procédure plus simple qu'un licenciement • Calendrier maîtrisé et négocié • Coût prévisible (indemnité convenue)
👤 Pour le salarié
Indemnité au moins égale au licenciement • Droit aux allocations chômage (ARE) • Pas besoin de justifier un motif • Possibilité de négocier une supra-légale
Conditions de validité
Pour être valable et homologuée par la DREETS (ex-DIRECCTE), la rupture conventionnelle doit respecter plusieurs conditions cumulatives :
- Consentement libre et éclairé — Les deux parties doivent être d'accord. Toute pression, harcèlement ou vice du consentement peut entraîner l'annulation.
- Entretien(s) préalable(s) — Au moins un entretien est obligatoire. Le salarié peut se faire assister (représentant du personnel, conseiller externe). Si le salarié est assisté, l'employeur peut l'être aussi.
- Convention signée — Le formulaire Cerfa n°14598 doit être rempli et signé par les deux parties, mentionnant la date de rupture et le montant de l'indemnité.
- Délai de rétractation — Chaque partie dispose de 15 jours calendaires après la signature pour se rétracter, sans motif ni pénalité.
- Homologation DREETS — Après le délai de rétractation, la convention est envoyée à la DREETS qui dispose de 15 jours ouvrables pour l'homologuer. L'absence de réponse vaut acceptation.
La procédure en 6 étapes
Comptez en moyenne 1 à 2 mois entre la première demande et la date effective de rupture.
- 1
Demande de RC (Jour J)
L'initiative peut venir du salarié ou de l'employeur, par écrit ou à l'oral. Aucun formalisme n'est imposé à ce stade, mais un écrit est recommandé.
- 2
Entretien(s) de négociation (J + 5 à 15 jours)
Discussion sur les conditions : date de départ, montant de l'indemnité, clause de non-concurrence, solde de congés. Le salarié peut être assisté (prévenir l'employeur).
- 3
Signature de la convention (J + 15 à 20 jours)
Remplissage et signature du Cerfa n°14598*01 par les deux parties. Chaque partie conserve un exemplaire original (obligatoire sous peine de nullité).
- 4
Délai de rétractation (15 jours calendaires)
15 jours calendaires à compter du lendemain de la signature. La rétractation se fait par lettre (LRAR recommandée). Le lendemain du jour de la signature = jour 1.
- 5
Envoi à la DREETS (J + 1 après rétractation)
Le formulaire est transmis (en ligne via TéléRC ou par courrier) à la DREETS le lendemain de l'expiration du délai de rétractation.
- 6
Homologation et fin du contrat (15 jours ouvrables)
La DREETS dispose de 15 jours ouvrables pour répondre. Sans réponse, l'homologation est acquise. Le contrat prend fin à la date convenue dans la convention.
Calcul de l'indemnité de rupture conventionnelle
L'indemnité de RC ne peut pas être inférieure à l'indemnité légale de licenciement. Elle peut être supérieure si les parties le négocient (indemnité "supra-légale").
Formule de l'indemnité légale (minimum)
Jusqu'à 10 ans d'ancienneté :
1/4 de mois de salaire × nombre d'années d'ancienneté
Au-delà de 10 ans :
1/4 de mois × 10 ans + 1/3 de mois × (années au-delà de 10)
Salaire de référence
Le plus favorable entre :
- Moyenne des 12 derniers mois de salaire brut
- Moyenne des 3 derniers mois de salaire brut (primes et gratifications incluses au prorata)
| Ancienneté | Salaire brut | Indemnité légale | Supra-légale courante |
|---|---|---|---|
| 3 ans | 2 500 € | 1 875 € | 3 000 – 5 000 € |
| 5 ans | 3 000 € | 3 750 € | 5 000 – 8 000 € |
| 8 ans | 3 500 € | 7 000 € | 9 000 – 14 000 € |
| 12 ans | 4 000 € | 12 667 € | 16 000 – 24 000 € |
| 20 ans | 4 500 € | 26 250 € | 30 000 – 45 000 € |
Fiscalité et charges sociales
🏛️ Pour le salarié : impôt sur le revenu
- Indemnité légale ou conventionnelle de licenciement
- 2 fois la rémunération brute annuelle de l'année précédente
- 50 % du montant total de l'indemnité versée
Plafond absolu : 7 PASS soit environ 329 088 € en 2025
💶 Charges sociales (CSG/CRDS)
Taux : CSG 9,2 % + CRDS 0,5 % = 9,7 %
👔 Pour l'employeur : forfait social
Droit au chômage après une RC
C'est l'un des grands avantages de la RC : le salarié a droit aux allocations de retour à l'emploi (ARE), contrairement à la démission classique.
| Élément | Détail |
|---|---|
| Éligibilité | Oui, dès l'homologation. Inscription à France Travail (ex-Pôle Emploi) nécessaire. |
| Délai de carence | 7 jours incompressibles + différé spécifique lié à l'indemnité supra-légale (limité à 150 jours max). |
| Durée d'indemnisation | Varie selon l'âge et la durée de cotisation : 18 à 27 mois (règles 2025). |
| Montant ARE | Environ 57 % du salaire journalier de référence (SJR), avec un plancher de 31,59 €/jour. |
| Cumul avec une activité | Possible dans le cadre du cumul emploi-chômage (activité réduite). |
RC vs démission vs licenciement
| Critère | Rupture conv. | Démission | Licenciement |
|---|---|---|---|
| Initiative | Employeur ou salarié | Salarié uniquement | Employeur uniquement |
| Accord nécessaire | ✅ Oui (mutuel) | ❌ Non | ❌ Non |
| Motif requis | ❌ Non | ❌ Non | ✅ Oui (réel & sérieux) |
| Indemnité de départ | ✅ Oui (≥ légale) | ❌ Non | ✅ Oui (légale) |
| Droit au chômage | ✅ Oui | ❌ Non (sauf exception) | ✅ Oui |
| Préavis | ❌ Non (négociable) | ✅ Oui | ✅ Oui (sauf faute grave) |
| Risque contentieux | Faible | Très faible | Élevé |
Les 7 erreurs à éviter
- 1
Ne pas remettre un exemplaire au salarié
Cause de nullité absolue. Le salarié DOIT avoir un exemplaire original signé de la convention (Cass. soc., 6 février 2013).
- 2
Signer le jour de l'entretien
Même si ce n'est pas interdit, signer le même jour que le premier entretien peut laisser penser que le salarié n'a pas eu le temps de réfléchir.
- 3
Se tromper dans le calcul du délai de rétractation
Le délai court à partir du lendemain de la signature. Une erreur de date invalide toute la procédure.
- 4
Fixer une indemnité inférieure au minimum légal
La DREETS refusera l'homologation. Vérifiez aussi la convention collective qui peut prévoir un minimum plus élevé.
- 5
Exercer des pressions sur le salarié
Menaces de licenciement, mise au placard, harcèlement : le vice du consentement peut être invoqué devant les prud'hommes.
- 6
Oublier la clause de non-concurrence
Si le contrat prévoit une clause de non-concurrence, pensez à la lever ou à la maintenir (avec contrepartie financière). Le silence est risqué.
- 7
Ne pas anticiper le coût total employeur
Indemnité + forfait social 30 % + solde de tout compte (congés, RTT, préavis éventuel). Budgétez l'ensemble avant de négocier.
Nos conseils pratiques
- 1
Faites vos calculs avant la négociation
Utilisez le simulateur de l'administration (code.travail.gouv.fr) pour connaître votre indemnité légale minimale. C'est votre plancher de négociation.
- 2
Négociez la date de départ
Contrairement au licenciement, il n'y a pas de préavis obligatoire. Vous pouvez convenir d'un départ rapide ou au contraire lointain selon vos projets.
- 3
Pensez au solde de tout compte
En plus de l'indemnité RC, vous percevrez : congés non pris, heures supplémentaires, prorata de 13ème mois, etc.
- 4
Vérifiez votre convention collective
Certaines conventions prévoient une indemnité de licenciement supérieure au légal. C'est ce minimum conventionnel qui s'applique.
- 5
Documentez tout par écrit
Courrier de demande, convocation aux entretiens, comptes-rendus : en cas de litige ultérieur, les écrits protègent.
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Nos experts calculent votre indemnité, vérifient la conformité de la procédure et vous accompagnent dans la négociation et la comptabilisation.